Jean Harlow. " Qui a tué Jean Harlow ? " par Marie-Thérèse Cuny

Elle a été, pour toute une génération d'Américains, le symbole de l'amour et du désir. Or elle même, morte à 26 ans, n'a jamais rencontré le véritable amour et s'est lassé du désir comme d'une caricature insupportable. Née au sein d'une famille effroyable, elle a cherché à la fuir en se jetant dans des mariages encore plus effrayants, quand ils n'étaient pas suicidaires..

Ce  sexe symbol  triste a eu pourtant des amis, comme William Powell. Ou Clark Gable, qui , fait troublant fut le partenaire de son dernier film, comme il le fut des années plus tard, celui du dernier film de Marilyn Monroe.

Là encore, quel Symbole !

 

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L 'Expression nous vient d'Amérique :  "sex-symbol " et elle n'est pas jolie jolie. Pour parler d'une femme qui a représenté dans les années 30 de ce siècle le symbole le plus sophistiqué qui soit de la féminité, et le plus sensuel, il faudrait d'autres mots, introuvables.Le mieux pour raconter cette femme est d'essayer de la connaître, de la sortir des affiches stéréotypées, des photographies de studio, de la rencontrer au détour de sa vie privée, de tenter de décortiquer le factice et la tragédie, la vie et la mort.

  Jean Harlow est née en 1911, elle est morte en 1937, à vingt-six ans, et on l'a tuée. Pour pouvoir porter une semblable accusation, cinquante ans après cette mort, nous n'avons certes que les faits, les souvenirs des uns et des autres, les documents des archives du cinéma, de la presse d'Hollywood et de la MGM.Ils sont cependant largement suffisants pour se poser la question de savoir qui l'a tuée ?

Car cette femme est morte par les autres, bien que le certificat de décès ne comporte qu'un détail médicalement banal : empoisonnement du sang par crise d'urémie. Alors qui est l'assasin ?

A Kansas City, en 1910, il était une fois une famille bourgeoise composée d'un père autoritaire, Samuel Harlow, d'une mère sans éclat, Ella Harlow et de leur fille, Jean. Jean était blonde, un peu ronde, paresseuse et promenait sur le monde un regard bleu, innocent et pervers. Le jour de son mariage avec un dentiste du nom de Carpentier, elle abandonna, non sans plaisir, ses études de dactylographie qui ne l'a passionnaient pas. Et un an plus tard,, le 3 mars 1911, dans la grande maison de granit naissait une petite fille prénommée Harlean.

Blonde avec un teint d'ivoire et des yeux de porcelaine,presque translucides, Harlean Carpentier ressemble à l'un de ces angelots que l'on trouve peints sur les fresques libertines, tenant une rose à la main et contemplant innocemment les amours enrubannées du XVIIIe siècle.

Coiffée à la Jeanne d'Arc, ses cheveux extraordinaires, presque blancs, encadrent un visage au modelé délicat, fossette au menton, des joues rondes et tendres, petit nez impertinent.

Le futur " sex-symbol " de l'Amérique, c'est elle. Elle est l'élève d'une institution pour enfants sages et considère le divorce de ses parents avec une certaine indifférence. Un divorce sans éclats, comme le fut leur union ratée, mais sans cris, pleurs et grincements de dents.

Jean Capentier, la mère,reprend donc son nom de jeune fille et retourne installer ses pénates chez papa-maman avec sa fille son " bébé blond ", ainsi qu'elle l'appelle.

Le grand-père décide aussitôt d'assurer ce qu'il appelle l'éducation de la petite fille et qui consiste essentiellement à s'inquiéter du moindre rhume et à la parer des plus jolies robes.

Rien de grave dans tout cela, en apparence, mis à part une chose : maman Jean, déçue par le mariage ou elle n'a fait aucune découverte intéressante,se réfugie dans l'étude de la " Christian Science " ? Une nouvelle église, née à Boston en 1902, dont maman Jean ne perçoit pas très bien lesméandres,mais qui lui apporte un réconfort. Comme toutes les sectes religieuses apportent un réconfort aux esprits faibles. Pour l'instant les dégâts ne sont pas importants, mais le ver est dans le fruit. 

 

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PENDANT que la mère se livre à des réflexions fumeuses sur la question de savoir si Mary Baker Eddie est le nouveau dieu qu'attendait le monde, tandis qu'elle se lance à Chicago à la recherche d'un emploi impossible vu ses capacités réduites, elle découvre dans un restaurant l'homme de sa vie. Le futur beau-père de Jean Harlow a le physique détestable et basané des séducteurs italiens de troisième zone. Il s'appelle Marino Bello, il est paresseux, gominé, fabulateur,légèrement escroc, toutes qualités qui ne demandent hélas qu'à se développer dans un milieu favorable.

Les voilà mariés, les voilà de retour à Kansa City chez l'intraitable grand-père qui interdit catégoriquement à sa dévergondée de fille la porte de sa maison pour " ce gangster italien de Chicago ".

Si cette interdiction avait été suivie d'effet et le mariage annulé, ainsi qu'il le réclamait, toute la vie de la petite fille en eût été changée. Car cet homme sera son diable, sa bête noire, une sangsue dont elle n'arrivera pas jamais à se débarrasser, sauf à la fin de sa courte vie et il était déjà  largement trop tard.

Si l'autorité du grand-père n'a pu s'exercer pour une fois sur l'esprit faible de sa fille, c'est qu'elle vient de découvrir l'amour. Le vrai, celui qu'elle n'avait jamais soupçonné dans les bras de son dentiste d'époux. Eloigné de son Don Juan calamistré, maman Jean tombe malade et le don Juan accourt, s'installe, exige, s'occupe de ce qui ne le regarde pas, y compris de la petite Harlean, et l'on peut dire que le deuxième ver est dans le fruit. Harlean est le portrait de sa mère, et tout au long de cette vie commune dans la grande maison de granit, nul ne sait ce qu'elle aura découvert, elle, a l'âge adolescent, des rapports amoureux de sa mère et cet italien sans gêne.

Certains chroniqueurs se sont permis d'insinuer que le beau-père appréciait autant la fille que la mère, mais rien ne permet de l'affirmer aussi vulgairement. Harlean est une enfant qui à 14 ans, n'est plus une enfant. Chacun peut s'en apercevoir et le premier inquiet, c'est son père, le dentiste.

L'atmosphère de sensualité sans complexe qui règne désormais dans l'entourage d'Harlean ne lui plaît pas. Ell ira donc en pension. Bonne intention de son père, mais erreur fatale. Harlean a maintenant 16 ans, la pension qu'elle fréquente à Lake Forest, dans l'Illinois, et une institution quelque peu snob où l'on apprend les lettres et les arts, mais où les jeunes filles participent à certaines occasions à des bals soigneusement organisés pour y rencontrer des jeunes gens de bonne société.

Le premier scandale de la vie d'Harlean se déroule un dimanche en mars 1927. La direction de l'école vient de prévenir sa famille que Miss Harlow Carpentier  a pris la fuite pour aller se marier avec un jeune fils de famille de vingt et un ans prénommé Chuck Mac Grew. Elle a affirmé au juge qu'elle avait 19 ans et le juge l'a crue, car elle en avait l'air. Cela fait, Harlean a regagné l'école, triomphante, dans la ferme intention de faire enrager ses petites camarades qui allaient l'assaillir de questions sur sa nuit de noce.

C'était compter sans l'intransigeance de l'établissement. Le directeur commença par boucler Harlean dans un dortoir, à l'abri de toute curiosité malsaine, puis téléphona ensuite au grand-père Harlow pour le prier de bien vouloir récupérer avec sa valise cette petite dévergondée.

Mv5bmtq4ndm0otkxm15bml5banbnxkftztywntywnju2 v1 ux100 cr0 0 100 100 alIl était difficile d'annuler le mariage après une nuit passée dans un hôtel. Harlean était donc Mme Mac Grew, à seize ans, mais épouse solitaire, car le blanc-bec, récupéré par sa famille, était lui aussi bouclé en attendant qu'une procédure de divorce soit légalement entamée. Pourquoi ce mariage à 16 ans ? Coup de foudre ? Non. Harlean voulait simplement quitter ce pensionnat où elle s'ennuyait pour retourner à Kansas City retrouver ses petits camarades et la liberté. Le jeune Chuck ne l'avait guère impressionné en tant qu'époux et cette première expérience de femme, négative et maladroite, allait la marquer bien plus qu'elle ne voulut l'admettre plus tard. Quoi qu'l en soit, la bagarre est déclenchée entre les grands-parents Harlow et le couple Bello, qui doit sans retard s'expatrier en emmenant Harlean.

Le grand-père abandonne, il n'en peut plus de toutes ces femmes, de la sienne et de ses bonnes oeuvres, de sa fille et de son Italien, de sa petite fille dont il désespère de faire autre chose qu'une copie de sa mère.

Exit tout le monde, direction Los Angeles ! Marino Bello le bellâtre à l'intention d'y faire des " affaires ". Il cultive une passion pour les trésors cachés, les mines d'or inconnues et tout ce qui peut attirer les imbéciles et les crédules. Il a toujours un document secret à vendre, des parts dans une exploitation fantôme ou la carte d'un fabuleux trésor dont lui seul connaît l'emplacement. Maman Jean se réconforte dans la lecture des psaumes de Mary Baker et de la " Christian Science ".

Alors, sous le soleil et les orangers de Californie apparaît, déambulant sur les trottoirs, une splendide jeune fille dont la silhouette fait se retourner sur son passage tous les garçons e course et les chauffeurs de taxis.

Etrange similitude avec le destin d'une autre star, qui, elle aussi, sera plus tard le symbole de l'Amérique. Comme Jean Harlow, Marilyn Monroe fit un mariage raté à seize ans pour fuir un foyer bancal. Comme elle, elle s'en ira dans des circonstances tragiques sans avoir réussi à vivre normalement une vie de femme. Et curieuse coïncidence, leur dernier film aura pour vedette masculine Clark Gable " Les misfits " pour Marilyn, " Saratoga " pour Jean... qui n'en est pas encore là, mais renifle déjà à seize ans la fascinante odeur des studios californiens... 

 

Rencontre avec Howard Hughes

  Howard hughes 

Howard Hughes

 Pour faire de la figuration en 1919, il fallait avoir le courage de montrer son nez et ses jambes à proximité d'un plateau de cinéma et avoir la chance, non pas d'être remarquée, mais de tomber au bon moment. C'est à dire au moment où un assistant furieux cherche une girl pour le troisième rang. Harlean a tenté sa chance, non sans l'espoir de devenir une star, mais tout simplement pour manger. Dans le petit deux-pièces où la famille Bellou s'est installée après la fuite de Kansas City, le dollars est une denrée rare. La mère gémit sur l'inconfort des lieux, sans faire beaucoup d'effort pour l'améliorer, et le beau-père disparaît des jiurnées entières, soit-disant pour monter des affaires, toutes plus aléatoires et fumeuses les unes que les autres. Prenant le mors aux dents, Harlean décide de s'appeler Jean comme sa mère et trouve de quoi grignoter quelques sandwiches en jouant des bouts de rôles dans des comédies à petit budget.

    A dix-neuf ans, il y a 3 ans qu'elle gagne ainsi maigrement sa vie. Sa rencontre avec un impresario qui la conduit à Howard Hughes, le milliardaire producteur de films pour son plaisir, est digne des légendes hollywoodiennes.

Il existait, à Los Angeles, un studio spécialisé dans les comédies et dont les grandes vedettes étaient Laurel et Hardy : le " Hal Roach ". C'est là qu'un homme du nom d'Arthur Landau, impresario célèbre, vient un jour traîner par hasard. Il est chargé par le Métropolitan de trouver une comédienne pour interpréter le seul rôle féminin d'un film sur l'aviation dont Howard Hughes est le producteur. On connaît la passion du célèbre milliardaire pour les avions, passion qu'il a voulu transportet au cinéma en faisant écrire un scénario sur la grande guerre truffé de combats aériens. Le film s'appelle " Hell's Angels ", les anges de l'enfer. Pratiquement terminé pour les extérieurs, il est bien mal en point en ce qui concerne l'intrigue et les dialogues quasiment inexistants. Or le public friand du " parlant " réclame des dialogues. Il fallait donc réinventer une histoire et l'insérer dans la multitudes de plans de bagarres aériennes qui faisait la joie d'Howard Hughes mais ne feraient pas celle du public.

Arthur Landau cherchait donc désespérément une actrice qui plût à la fois au metteur en scène, à la Metropolitan et aussi à la MGM  qui avait prêté l'un de ses scénariste pour réécrire l'intrigue. Il la cherchait d'autant plus que l'actrice précédemment retenue pour le rôle et qu'il avait sous contrat venait d'être évincée par la production en raison de son accent norvégien épouvantable.

Et c'est là, entre Laurel et Hardy, sur le coin d'un plateau du " Hal Roach ", qu'Athur Landau aperçoit une fille étrange. Jamais de sa vie il n'a vu de pareils cheveux. Jamais de sa vie il n'a vu de poitrine aussi scandaleuse, absolument nue et libre sous une robe légère. Il demande son nom, personne ne s'en souvient, il demande ce qu'elle a déjà tourné, on lui répond : " des gags du genre : elle passe dans larue, sa robe se coince dans la portière, elle se retrouve en maillot et ne s'en aperçoit pas. Cà dure dix secondes...ou alors elle dégringole d'un trottoir..."

 Tout en se disant qu'il fait une bêtise, qu'on ne découvre pas de nouveau talent comme ça, que cette fille n'a pour elle que ses cheveux platine probablement décolorés et son buste avantageux, Arthur Landau l'invite à déjeuner et, constatant qu'elle na pas mangé de la journée car elle n'a toujours pas de cachet depuis une semaine, il dit : "Vous aurez du travail demain ! " Et il se traite immédiatement d'idiot. Jean Harlow ne sait pas marcher, elle est trop maquillée et il est impossible de la présenter au producteur sans soutien-gorge.

  • "Vous n'en mettez jamais ?
  • Jamais, ça me fait souffrir
  • La censure n'admettra pas ça
  • Pour manger, j'en mettrai un ! je ferai n'importe quoi...

 

   Pauvre Jean... C'est vrai qu'elle ferait n'importe quoi pour que le loyer soit payé, que son beau-père arrête de jouer aux courses et sa mère, de se réfugier alternativement dans la prière, la jalousie ou son amour indécent pour ce tyran italien.

Le bout d'essai est épouvantable. La robe de Jean est affreuse,son maquillage est hideux, sa voix rauque et éraillée surprend. Mais Arthur Landau tient bon. Si il y a une chose à laquelle il croit, à propos de Jean, ce sont ses cheveux. Il a été attiré par ses cheveux incroyablement blonds, presque blancs, lumineux et qui, à son grand étonnement, ne doivent rien à la décoloration... Déjà pour ses débuts, Jean avait été remarquée ainsi par son producteur.

Ses cheveux feront sa gloire, elle ne le sait pas encore et personne ne s'en doute, surtout pas Howard Hughes qui fait la moue devant le bout d'essai de Jean.

    " Je fais un film d'aviation, pas un film de "poules"...Cette fille est vulgaire ! "

Arthur Landau défend sa trouvaille avec l'énergie du désespoir : si Hughes dit non, il n'a pas d'autre fille sous la main.

    " Vous vouliez une fille qui ait l'air racoleur, mais gentille, une prostituée pour aviateur désespéré... C'est ça ! Regardez-la, elle est entrée dans le personnage sans même sans rendre compte, cette fille-là est capable d'ouvrir ses bras à un aviateur pour lui faire oublier la guerre, non par vice, mais parce qu'elle est une brave gosse. C'est elle le personnage, je vous le garantis ! " 

Hugues se laisse convaincre. A condition que le metteur en scène s'en débrouille et en tire quelque chose. Elle aura un contrat de trois ans et deux cents dollars par semaine.

Jean Harlow éclate en sanglots en apprenant la nouvelle. Désormais Arthur Landau ne la quittera plus, dans les pires moments de sa carrière comme de sa vie privée. Et les films vont s'enchaîner, sans pour autant lui apporter la fortune.

Sa mère et son beau-père, acrochés à ses basques, se chargeront de dépenser pour elle. Pour un escroc comme Marino Bello, sa belle-fille est une source de revenus inépuisable. Et Jean qui le hait autant qu'il est possible de haïr un être humain n'osera pas s'en débarrasser, à cause de sa mère. Le pouvoir de cet homme est d'ailleurs insensé. Il va jusqu'à menacer l'actrice de la fouetter ou de lui larder le visage d'un coup d'épée si elle ose le mettre à la porte.

Jean vit avec deux anormaux, mais comment abandonner une mère ?

Car tout le problème est là !... La mère envahissante, veule, qui ramasse avec avidité les poussières de la gloire de sa fille, qui devient mythomane, exigeante, odieuse, veut rouler en voiture avec chauffeur, se couvrir de fourrures, habiter une maison luxueuse et, surtout, ne pas quitter son escroc de mari qui se conduit comme un proxénète et raconte n'importe quoi aux journalistes.

Car Jean est devenue le sex symbol de l'Amérique. Les critiques l'ont assassinées, son jeu est déclaré impossible, les rôles qu'elle tourne sont toujours les mêmes, prostituée, fille de bar, fille facile ou demi-mondaine couverte de bijoux, mais la critique ne peut rien contre le public et le public est devenu fou de la " blonde platine ". Howard Hugues, lui-même, qui n'y croyait pas doit convenir qu'elle attire le spectateur comme un aimant, que la seule apparition d'une épaule dénudée ou d'un décolleté audacieux de Jean fait plus pour un film que toutes les batailles aériennes du monde.

Le milliardaire fut-il amoureux de cette déesse de l'amour pour grand écran ? On le dit, mais Jean n'en parla jamais et lui non plus. Lorsqu'elle disparut, à vingt-six ans, Howard Hugues alla cacher sa peine loin de la multitude et nul ne saura jamais ce qui se passa, ou ne se passa pas, entre le milliardaire génial et le " bébé blond d'Hollywood ".

C'est que les amours de Jean Harlow ne furent jamais heureuses. Peut-être était-elle incapable de les vivre réellement, elle qui représentait pour chaque homme américain la perle rare et précieuse ?

Le mariage tragique

     Paul Bern avait la quarantaine, il était petit, fade, mais courtois et intelligent. Bon metteur en scène, il faisait partie de la célèbre Metro Goldwyn Mayer de puis 1930 et on ne lui connaissait ni maîtresse à scandale ni ennemi dans la profession, ce qui est rare. La MGM venait de racheter le contrat de Jean Harlow à Hugues et, à vingt et un ans, l'actrice était en pleine gloire. Paul Bern ne l'avait rencontré que deux fois. La troisième fois, il l'a demandé en mariage et Jean réveilla son agent à trois heures du matin pour lui annoncer la nouvelle, elle allait épouser Paul Bern !

Quel étrange choix venait-elle de faire ? Pourquoi lui ? Alors qu'elle dansait avec Clark Gable et fréquentait les plus " mâles " d'Hollywood ? Pourquoi ce petit homme laid de vingt ans plus âgé qu'elle ?

" Parce que dit-elle  à son fidèle agent Arthur Landau, il me respecte et me parle comme à une femme intelligente Parce qu'il est doux, romantique et ne m'a pas demandé le premier soir, de partager son lit. 

Ce mariage qui déconcertait  le monde du cinéma n'était pas pour plaire à Mama Jean ni à Marino Bello qui se voyaient évincés, Jean ayant décidé d'habiter la maison de son nouvel époux. Voulait-elle fuir, comme à seize ans  ? Ce mariage était-il une fois de plus sa manière à elle de se débarrasser des adultes?

Nuit du 2 au 3 juilllet 1932. Nuit de noces. Il est quatre heure du matin, et Jean sanglote au téléphone. Elle vient d'appeler son agent :

-Venez me chercher, je vous en supplie,,,dépêchez-vous, j'ai peur qu'il ne se réveille.

Elle est en peignoir dans la rue, grelottante de froid, de peur et de souffrance. Son dos est marqué de cinq longues zébrures à vif, allant des hanches aux omoplates. Des gouttes de sang perlent sur ses reins, elle a les yeux écarquillés par la douleur.

Après l'avoir soignée et réconfortée de leur mieux, Arthur Landau et sa femme cherchent à comprendre. C'est simple, effrayant, monstrueux et Hollywood ne doit pas savoir, la MGM ne doit pas savoir, les journau, le public, personne... Une histoire pareille risque de briser la carrière de Jean, d'éclabousser les studios, et de mettre dans une colère noire le patron de la MGM, Mayer lui-même, qui a tout fait pour que ce mariage ait l'air normal, allant jusqu'à gonfler la publicité de Paul Bern à outrance.

Or le malheureux Paul Bern est incapable d'épouser qui que ce soit. Il le sait. Il a voulu pour lui la femme la plus éclatante d'Amérique, le sex-symbol le plus érotique de ce temps, et il est impuissant ! Pris d'une crise de folie et de désespoir, ivre d'alcool et de peur, il a battu Jean...se vengeant sur elle de cette impuissance, et se vengeant cruellement. Outre les blessures superficielles, qu'un médecin discret s'emploie à faire disparaître, Jean a reçu un mauvais coup sur les reins. Craignant une lésion interne, le médecin la supplie de faire faire des radios mais, terrorisée à l'idée que la moindre indiscrétion puisse révéler l'affaire à la Presse, Jean refuse. C'est d'une grande imprudence, car elle ne cessera de souffrir de cette lésion qui, en s'aggravant peu à peu, et en se compliquant d'une faiblesse rénale, va la conduire à la mort.

Peut-on dire que Paul Bern à contribué à tuer Jean Harlow ? On le peut.  Qu'a-t-il dit pour se défendre ? " Avec Jean tous les hommes sont capables d'amour. Tous, sauf moi. Suis-je maudit ? "

Quelques temps plus tard, il se tire une balle dans la tête, laissant à Jean se petit mot : " C'est malheureusement le seul moyen de racheter le tord affreux que je vous ai fait, et d' éffacer mon abjecte façon de vous avoir humiliée.Vous comprenez que ce qui s'est passé hier soir n'était qu'une comédie.  Paul.

Cette fois, il s'est tué, seul, nu devant une glace de leur appartement. Le scandale devient impossible à étouffer. Jean va souffrir jusqu'à la fin de sa carrière, et souffrir aussi d'un remord terrible, celui d'avoir ricané devant ce malheureux la veille de son suicide, et peut-être de l'avoir poussé à bout. Mais il est des situations impossibles à vivre. Maintenir ce mariage factice pour la galerie de Hollywood, alors qu'elle se sentait humiliée et malheureuse, elle, la plus belle femme du cinéma mondial... C'était au-dessus de ses forces. Etrange contradiction que celle de représenter l'amour pour le public, et de ne pas le vivre...pire encore, d'en vivre le simulacre le plus grotesque. 

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Soutenue par deux amis, Jean aux obsèques de Paul Bern, son second mari

A part Arthur Landau, son agent,qui lui serre à la fois de père, de frère, d'ami, de confident et de spychiatre...personne à Hollywood n'aide Jean Harlow à supporter ce nouveau coup du sort. Et surtout pas la MGM, personne n'est tendre dans cette jungle du cinéma américain. "Marche ou crève" est la devise non dite, mais impérative.

Jean est au bord de la dépression nerveuse, à nouveau envahie par sa mère et son Italien d'époux, prise au piège, contrainte de faire face aux journalistes, aux policiers, et d'assumer seule, de nouveaux mensonges, car il n'est pas question de raconter son désespoir, pas question de laisser échapper une parcelle de vérité, le métier continue, les films s'enchaînent, il faut sourire, être belle, sexy, continuer à débiter des phrases toute faites, soigneusement apprises par coeur pour les interviews, du genre : " Miss Marlow, portez-vous un soutien-gorge aujourd'hui ?, réponse: " Voilà bien une question de myope ! "

Ces réparties sont écrites par des scribouillards de la MGM, spécialement chargés de ce travail pour les stars comme elle. Comment ne pas se sentir une marionnette inutile, à force d'être manipulée ainsi jusque dans les moindres activités de la vie. La vie qui n'est jamais que celle des studios, du matin au soir et du soir au matin. Jean porte les robes et les fourrures de la Production, sa voiture et son chauffeur sont ceux de la production: elle ne peut rien faire, rien dire, rien penser qui n'est été décidé par son agent ou la MGM.

Alors on comprend la rage d'exister qui la prend un jour comme une envie de mordre ; qui lui fait couper sa fabuleuse crinière blonde, se cacher sous une perruque noire, des lunettes, et un grand chapeau, pour aller chercher l'aventure, la nuit, dans les bars de Los Angeles ou d'ailleurs.

Quelque chose à craqué dans tête  et dans son coeur. Elle a dit à Arthur Landau:

-Trouvez moi un homme  !  je veux être aimée, je veux savoir ce que c'est, je veux avoir un homme dans mon lit, et un enfant ".

Arthur l'a sermonnée, Mama Jean  a prié et pleuré que " son bébé blond " devenait folle, Marino Bello a ricané sous sa moustache de séducteur... et Jean s'est enfuie. Des nuits entières, elle a erré à la recherche d'amants anonymes, auprès de qui elle ne serait pas la célèbre Jean Harlow, mais une simple fille, un peu facile, une rencontre d'un soir. Pauvre Jean ! sa fureur de vouloir un enfant, d'exister en tant que femme ne pouvait même pas se réaliser.

Stérile ! C'est le verdict d'un médecin, qui en profite pour lui conseiller de faire radiographier ses reins, car elle souffre d'une incontinence pénible que tous ses proches ont remarquée. Mais Jean ne veut rien entendre de la maladie, ni de la souffrance. Elle est capable d'encaisser moralement et physiquement bien plus que la plupart des femmes. A force d'accumuler les épreuves, les humiliations et les colères, elle s'est endurcie. Son agent désespère, de voir un jour débarrassée de son encombrante famille de vampires qui lui suce le sang, les nerfs et le compte en banque sans relâche. 

 

C'est alors un nouveau coup de tête de sa vie de femme.

Jean épouse en 48 heures un homme de seize ans plus âgé qu'elle. Harold Rossom. Ce mariage est un défi de plus à la terrible  solitude qui la ronge au milieu de ses fourrures blanches, de son satin blanc, de se lévriers blancs, de toute cette fadeur qui l'entoure, elle si truculente, si gaie de nature et qui voudrait bien vivre, ce que tout le monde lui suppose : un véritable amour. Un amour complet, solide, romantique et sensuel. " Autre chose que ces rencontres furtives qui ne laissent dit-elle que le souvenir stupide d'une séance de gymnastique."

Jean a le langage vert. Ses partenaires comme Clark Gable par exemple, ne s'en formalisent pas. Elle ne craint pas de se montrer nue, de parler cru, mais tout cela n'est que paravent et provocation, cachant un desespoir qui ne la quitte pas.

Son mariage surprise avec Harold Rossom, un chef opérateur de talent de la MGM, ni beau, ni célèbre, a mis en fureur le grand M.Meyer, potentat et maître indiscuté de son cheptel d'acteurs. Il n'a pas été prévenu, c'est un crime de lèse-MGM. Il trouve le mari idiot, c'est un crime de lèse-publicité. Et surtout il estime que les grandes stars ne doivent pas se marier, c'est un crime de lèse-population. En le faisant, en n'apartenant officiellement qu'à un seul homme, Jean n'a plus de crédibilité comme sex-symbol. C'est l'opinion de Mayer et, lorsque Mayer a une opinion, tout ce qui ne va pas dans le sens de ladite opinion doit périr.

Ce monstre génial de la plus grande firme cinémathographique de l'époque, ne recule jamais devant une destruction. Jean sera ridiculisée: les communiqués de presse à l'eau de rose, le rappel de son récent veuvage, du scandale de Paul Bern et de son suicide... carte blanche est donnée à la presse pour démolir sa vedette.Et l'union ne durera que huit mois, aussi décevante que les autres. Jean pourtant a presque réussi à évincer sa famille de sangsues et à en débarrasser les studios. Mais ce nouveau divorce voit la mère-sangsue réapparaître au grand galop, toujours suivie de son Italien plus insupportable et plus escroc que jamais.

Et la vie redevient impossible dans la grande maison de Beverly Glen, qui coûte à Jean une fortune en entretien. La mère se plaint des infidèlités de son époux, lequel s'occupe à acheter un yacht pour courir à la chasse au trésor. - Jean va dormir hors de chez elle, chez des amis, pour avoir la paix.

A la moindre de ses fatigues ou à la plus petite maladie ( une appendicite par exemple ), la mère veut faire venir les adeptes de la " Christian Science ", et il faut toute l'autorité du studio et celle d'Arthur Landau pour faire soigner correctement Jean, qui d'ailleurs, supporte des alertes de plus en plus grave, côté rénal, avec un courage et une volonté inouïs mais suicidaires.

Tout aurait pu s'arranger pourtant. Une fois le divorce prononcé, un homme vient féliciter Jean. C'est un ami sincère, un amoureux respectueux : William Powell. Il ne la quittera plus. Jean a enfin réussi à débarrasser sa mère de sin gigolo de mari. Pris sur le fait dans une chambre d'hôtel sordide, en compagnie d'une professionnelle, Marini Bello doit faire sa valise et filer. Elle a aussi vendu sa grande maison, pour rembourser les dettes accumulées depuis des années. Ses films sont meilleurs, moins stupides, on ne lui octroie plus le sempiternel rôle féminin de " la femme de mauvaise vie au grand coeur ". Le scandale de l'affaire Paul Bern se tasse un peu, bien que Jean soit en procès, car son époux défunt était bigame pour tout arranger ! Et pour tout compliquer, cette épouse bigame a été retrouvée noyée quelque temps après le suicide de Bern ... On imagine facilement ce que la presse hollywoodienne peut tirer d'un tel scénario vivant. 

Jean tient le coup moralement, mais physiquement sa santé se dégrade. Sa peau fragile, d'un rose délicat, supportait déjà mal le soleil, elle ne le supporte plus du tout désormais, et pour avoir voulu plonger dans uns piscine et prendre un petit bain de soleil, la voilà brûlée sur tout le corps au deuxième degré. Plus question de tourner en extérieur sous le chaud soleil californien. Et plus question d'affronter les projecteurs trop longtemps. Elle fait de la photophobie. Il faut inventer pour elle des filtres spéciaux. d'enseigner la vraie doctrine...

Jean Harlow, star de la lumière et de la blancheur, doit vivre à l'ombre. Elle croyait sa mère délivrée par le départ de l'Italien infidèle, la voilà qui sombre dans la schizophrénie...le délire de la persécution, et se réfugie plus que jamais dans les prières de Mary Baker, la prêtresse fondatrice de la "Christian Science". Une secte redoutable, basée sur un dieu dénaturé par Mary Baker elle-même, qui prétend que le Seigneur lui a ordonné d'enseigner la vrai doctrine...

Comme toute les doctrines de ce genre, particulièrement prisées par les Américains, il s'agit de principes simples et mille fois répéteés jusqu'au lavage de cerveau, dont le principal est le refus de la médecine traditionnelle. Ainsi  lorsque Jean s'évanouit dans les bras de Clark Gable sur le plateau de " Saratoga ", son dernier film...l'erreur fatale est commise.

Au lieu de laisser l'actrice rentrer chez elle, dans les griffes de maman Jean, il aurait fallu immediatement à l'hôpital. elle ne serait pas morte. Sa mère déborde de joie malsaine à fermer portes et fenêtres autour de sa fille enfin retrouvée. Elle va elle même exorciser le mal, et ce grâce à la prière, sans qu'il soit permis de la toucher, ni de lui faire avaler le moindre médicament.

Ainsi le veut Mary Baker Eddie, morte depuis 1910, mais dont un temple gigantesque à Boston perpétue l'adoration, et où plus de quarante adeptes reçoivent des malades par centaines.

La bible de Mary Baker s'est vendue à des milliers d'exemplaires .Rééditée plus de cinquante fois, elle a fait la fortune de qui ? D'un troupeau d'adeptes qui reçoivent un dollar de droit par volume...Les statistiques ne disent pas de combien de pauvre gens elle a fait le malheur. Voici la plus célèbre de leurs victimes en tout cas JEAN HARLOW, la blonde platine, qui se meurt d'empoisonnement du sang. au fond de son lit de satin blanc, et maman Jean refuse toute médecine car chaque adepte est son propre médecin et il a le droit de pratiquer son art sur tout sujet consentant.

Maman Jean est une adepte. Sa fille est dans le coma. On peut deviner la suite. Légalement, les amis de Jean, Arthur Landau, son fidèle agent, et William Powell, son fidèle amoureux, n'ont aucun droit. Même le terrible M.Mayer et la MGM n'ont aucun droit. Seule Jean, si elle était consciente une seule petite minute, pourrait se sauver elle-même, en demandant à être hospitalisée.

Les amis réussissent à forcer la porte, et à faire entrer les médecins, sous les hurlements hystériques de la mère, menaçant de faire venir à la rescousse les milliers d'adeptes de Californie... Il faut donc jouer serré.On ne lutte pas contre une puissance pareille. Finalement, après des heures de tractation, maman Jean accepte les infirmières et les soins, mais refuse le transfert à l'hôpital et l'opération. Or Jean souffre d'une infection aigüe de la vésicule, infection que les reins malades sont incapables de filtrer. L'urémie est grave, la mort arrive, patiente, attendant de savoir qui, entre la folie d'une mère et le courage des amis, va lui ouvrir ou lui fermer la porte.

Lorsque en fin, on trouve dans la " bible de Mary Baker " un verset autorisant dans certains cas l'intervention de la chirurgie... Lorsque, enfin, M.Mayer se fâche tout rouge et qu'une ambulance peu emporter le corps de Jean Harlow vers l'hôpital, il est trop tard, mille fois trop tard.

A l'hôpital du Bon Samaritain de Los Angeles les médecins reculent devant l'opération, Jean est trop faible. Une équipe de réanimation ne réusira pas à rendre le plus petit souffle de vie.

Miss Harlow a été déclarée morte à onze heures trente-sept, le 7 juin 1937. Elle avait 26 ans. Les funérailles ont beaucoup de mal à rester dignes. Fanatiques et admirateurs de tout poil enjambent les grilles du cimetière, dans la plus complète indécence. Il faut un service d'ordre draconien. En cercueil de bronze, Jean Harlow gagne sa dernière demeure. Une stèle funéraire achetée par William Powell pour vingt-cinq mille dollars ainsi que mille cinq cents brins de muguet et cinq cents gardénias vont recouvrir le catafalque. Janet Mac Donald interprête de sa voix de soprano l'air préféré de Jean : " " Indian Love Call ".... Mère folle, beau-père sadique,époux impuissant,producteurs potentats, ils sont nombreux les assassins de la beauté...

Seul William Powell, le seul et le dernier à l'avoir aimée comme un homme, peut-être l'auteur de cet adieu à une jeune femme assassinée.

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                                                                                                                                Ici avec William Powell

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Date de dernière mise à jour : 04/08/2017