Clemenceau

Le tigre indomptable

Les Clemenceau sont une vieille famille de la bourgeoiserie poitevine. Un Jehan Clemenceau était imprimeur-libraire à Poitiers en 1498. En 1623, un sieur Clemenceau, médecin, reçoit des armoiries de Richelieu, sans pour autant être anobli. La Révolution fait de la partie maritime du Poitou le département de la Vendée. Pourtant l'arrière grand-père de Georges est farouchement républicain. Il combat même les chouans comme médecin aux armées, puis sert fidèlemenr l'Empire. Ses deux petits fils, Paul et Benjamin, reflètent, eux, la discorde française. Paul, surnommé "  le marquis " , porte avec fierté les armoiries accordées sous Louis XIII. Benjamin, médecin comme son grand-père, est voltairien et athée. Il épouse, en 1839, Emma Gautreau, d'une famille également vendéenne et antireligieuse. 

Le ménage s'installe à Nantes. Il a une première fille qui est prénommée Emma, comme sa mère. Enceinte de nouveau, Mme Clemenceau va accoucher chez son père, François Gautreau, propriétaire à Mouilleron-en Pareds et, le 28 septembre 1841, à cinq heures du soir, naît leur premier fils, Georges (ils auront encore quatre enfants, deux autres garçons et deux filles).

Georges grandit entre Nantes, l'Aubraie, le domaine des Clemenceau, et Mouilleron. La seule influence qu'il reçoive est celle de son père. Etre hyper nerveux, Benjamin Clemenceau a abandonné la médecine parce qu'il ne supportait pas la souffrance d'autrui, mais il cache ses émotions sous des dehors glacés. Ce sont les idées qui comptent avant tout pour lui. Le buste de Robespierre, son idole, trône sur la cheminée : jacobin farouche, il ne prononce le nom de Danton qu'avec dégoût... Le petit Georges apprend d'abord le latin avec sa mère, puis après un passage dans un cours privé, entre au lycée, ou sa manie de discuter de tout lui vaut l'hostilité de ses professeurs.

En 1858, l'attentat d'Orsini contre Napoléon III déclenche une vague de répression dans toute la France. Connu comme un opposant farouche au régime, Benjamin Clemenceau est arrêté sous les yeux de son fils et , après un procès expéditif, condamné à la déportation en Algérie. En l'apprenant, Emma sa fille aînée, fait un transport au cerveau et perd la parole. A Nantes, l'émotion est considérable. Une émeute s'ébauche, tandis qu'on emmène le proscrit. Georges parvient à franchir le cordon des soldats et à l'approcher : " je te vengerai père  ! " " Si tu veux me venger, travaille ! " La réplique prononcée sur le ton froid coutumier à Benjamin, bouleverse le jeune homme. Il n'est pas prêt de l'oublier. A, Nantes les esprits ne sont toujours pa apaisés et le gouvernement comprend qu'il a fait une erreur. Benjamin Clemenceau est en train de devenir martyr. Aussi bénéficie-t-il d'une mesure de grâce. Et rentre dans ses foyers...

Obéissant à l'injonction paternelle, Georges se met à travailler. Il passe son baccalauréat et en 1861, va à Paris finir sa médecine. Il ne dédaigne pas les plaisirs, mais ne néglige pas pour autant ses études. Il fait malgré tout beaucoup de politique. Cela va d'initiatives un peu puériles, comme cette société qu'il forme avec d'autres jeunes gens, dont les membres jurent de ne recevoir aucun sacrement, ni baptême, ni mariage, ni extrême-onction, à la fréquentation des ténors de l'opposition républicaine.Il s'essaie aussi au journalisme, créant avec quelques camarades une feuille clandestine : Le travail (écho évidnent de la réplique paternelle). Son premier article est tellement violent qu'on le cantonne à la rubrique littéraire ! C'est mal le connaître : il agonit d'injures les écrivains favorables au régime, Alphonse Daudet, Edmond About. Le 23 Février 1862, il est arrêté à la suite d'une manifestation et enfermé pendant 77 jours à la prison de Mazas. Il en ressort plus déterminé que jamais. Le 13 mai 1865, il soutient sa thèse en médecine sur " La génération des éléments anatomiques ". Ce n'est rien d'autre qu'un pamphlet matérialiste ou il réfute les thèses spiritualistes sur la création. Nanti du droit d'exercer, Clemenceau décide, au contraire, de voyager. Il est impatient de voir comment fonctionne concrètement une démocratie et souhaite aller aux Etats-Unis. Son père trouve l'idée excellente et fournit l'argent. Les Etats-Unis sortent tout juste de la guerre de Sécession ; Lincoln vient d'être assassiné. Cemenceau se rend à Washington où il assiste aux discussions du Congrès. Il va dans le Sud et découvre avec horreur ce qu'était la condition des esclaves noirs. Il est enthousiasmé par le système et l'esprit américain, avec toutefois, une réserve de taille : le puritanisme. L'athée et le bon vivant qu'il est, se révoltent contre l'omniprésence de la religion et la rigidité des moeurs. D'autant qu'il trouve les américaines ravissantes... Il se fixe à New York, " à cause de deux ou trois dames qui m'ont accordé leurs faveurs ". Son père, qui estime qu'il en sait assez sur le fontionnement de la démocratie, lui coupe les crédits.Qu'à cela ne tienne : Georges trouve un poste de professeur de français, d'histoire et d'équitation dans un collège pour jeunes filles à Stamford, Connecticut. Cest une véritable sinécure. Il ne fait cours que du lundi matin au mardi soir ; le reste de son temps est libre et il sait le mettre à profit. Il passe alors les moments les plus agréables de sa vie.

Il n'est pas laid, quoique d'un physique un peu étrange. Son front large et rond trahit trahit l'intelligence. Mais ses pommettes saillantes et ses yeux légèrement bridés lui donnent quelque chose de mongol. D'où vient se visage asiatique chez ce Vendéen de pur souche ? Peu importe. Il n'a que mépris pour ceux qui se préoccupent de leur généalogie, déclarant avec ironie : " Toutes les familles ont le même âge ".

" Il faut choisir entre Dieu et moi dit-il à sa fiancée "

En tout cas, Georges Clemenceau ne laisse pas les femmes insensibles et en particulier, Mary Plummer, une jeune orpheline de l'institution, élevée par un oncle agent de change. Le coup de foudre est réciproque, mais le tuteur est horrifié quand le jeune professeur, venu faire sa demande, déclare qu'il est athée et qu'il a juré de ne pas se marier religieusement. Il lui oppose, évidemment, un refus catégorique. Désespéré, Clemenceau rentre en France. Il dit à Mary en la quittant : " Il faut choisir entre Dieu et moi". Mary hésite, mais un télégramme finit par traverser l'Atlantique : "Préfère vous". Georges prend aussitôt le bateau et, en 1869, il épouse civilement Mary Plummer. Le couple rentre en France et s'installe en Vendée. Le jeune marè exerce ses fonctions de médecin et pratique ses sports favoris : l'escrime, le tir, et l'équitation.

En Juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Clemenceau, dont la fille Madeleine vient de naître, suit quelques temps les évènements de loin, puis brusquement, il part pour Paris ! Il y arrive le 3 septembre, au moment même où les Parisiens apprennent la défaite et la capture de Napoléon III à Sedan. C'est l'émeute, la chute de l'Empire, la République. Commence alors le terrible siège de Paris. Clemenceau, nommé maire de Paris, François Arago, fait preuve à son poste, d'une énergie remarquable.

Pendant la commune, il manque être lynché par la foule

Le 8 février 1771, des élections ont lieu pour désigner une nouvelle Chambre. Deux listes s'affrontent : les partisans et les adversaires de la paix. Clemenceau qui fait partie des derniers, est triophalement élu député du XVIIIe. L'Assemblée se réunit à Bordeaux. Elle est fortement conservatrice et vote la paix qui entraîne la perte de l'Alsace et du Nord de la Lorraine, rattachés à l'empire allemand dont l'unité a été proclamée, le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces, à Versailles. Clemenceau fait partie de la minorité qui la refuse.

Le grand problème est la réaction de Paris : la Capitale n'acceptera pas la capitulation. Ala fois membre de l'Assemblée et maire d'un arrondissement de Paris, Clemenceau se sent investi d'une mission de conciliation. Il se rend sur place. Apeine est-il arrivé que, le 18 mars, éclate à Montmartre, dans son arrondissement, une émeute impitoyable. Il tente de s'opposer à la foule et manque être lynché. Il revient alors à Versailles, où l'Assemblée est installée depuis le 20 mars, et l'adjure d'éviter l'irréparable. Mais la majorité groupée autour de Thiers, ne l'écoute pas. Ce dernier a soigneusement prémédité une répression sanglante. Clemenceau multiplie courageusement les navettes entre Paris et Versailles. En vain. Il est rejeté des deux côtés : pour les uns, il est un bourgeois ennemi du peuple, pour les autres, un dangereux exrémiste. Dès le début de sa carrière politique, il découvre sa nature et son destin : être un homme seul. Pour ne pas être associé au massacre qui se prépare, il démissionne de la Chambre, fin mars. 

La Commune, proclamée par les Parisiens, est écrasée par le sang. Pour Clemenceau, c'est une terrible épreuve. Il traverse une brève mais dure période d'abbattement ; il rédige son testament... Mais son naturel combatif reprend vite le dessus. Il se présente aux élections municipales dans le XVIIIe arrondissement. Les habitants, qui n'ont pas oublié son attitude courageuse pendant le siège, l'élisent. Accusé par un certain commandant Poussargues d'avoir participé aux émeutes de la Commune, il défie ce derniel en duel et lui écrit : " Je pourrai vous tuer, mais étant donné que vous êtes officier français, je me contenterai de vous blesser.".

Orateur redouté, il devient "le tombeur de ministères"

Lors de la rencontre, il lui loge une balle dans la cuisse. Aune époque où les duels sont monnaie courante, l'évènement lui assure un prestige immédiat dans la classe politique : on va bientôt craindre le pistolet de Clemenceau autant que son éloquence... En attendant, il continue d'exercer la médecine, rue des trois-frères, dans une sorte de dispensaire qui lui sert également de permanence électorale : malades et solliciteurs de toutes sortes s'y bousculent... Au Conseil municipal, il déploie une activité infatigable, s'occupant en priorité de tous les problèmes sociaux et mettant un point d'honneur à refuser toute ouverture de crédit chaque fois qu'il s'agit de culte. Malgré une majorité royaliste à la Chambre, la République s'installe peu à peu. Clemenceau n'en fait toujours pas partie mais le 29 novembre 1875, il est élu président du Conseil municipal de Paris. Sa vie familiale pâtit de cette débordante activité. Et malgré leurs trois enfants, Mary, restée en Vendée, doit parfois regretter de ne pas avoir choisi Dieu plutôt que son mari ! Celui-ci la trompe de plus en plus ouvertement. Il ne prend bientôt plus la peine de rentrer chez lui, déclarant sans fard : " L'homme est fait pour vivre au dehors et la femme à la maison ". Aux élections législatives de 1876, il est élu triomphalement dans le XVIIIe arrondissement, mais se manifeste fort peu à la Chambre. Il assiste silencieux, au long conflit qui aboutit au remplacement du président de la République Mac-Mahon, de tendance royaliste, par l'authentique républicain Jules Grévy. Pendant toute cette période, Clemenceau ne monte à la tribune qu'une seule fois. Il semble attendre son heure... Et soudain, le 3 mars 1879, il se déchaîne contre le ministre de l'intérieur. Le prétexte - l'organisation de la préfecture de Police - importe peu. Mais l'éloquence de Clemenceau est si violente que le malheureux ministre est obligé de démissionner ! Désormais, la réputation du terrible député n'est plus à faire...  Jules Ferry est alors la grande figure du moment. Chef des radicaux, Clemenceau ne peut qu'être en accord avec ses projets sur la laïcité, mais il ne cesse , pourtant, de le combattre. Avec peu de moyens, il lance un journal : La Justice. Il y écrit lui-même rarement : à l'inverse de la langue, il n'a pas la plume facile. Mais il impose ses thèmes avec poigne. Un journal coûte cher et bientôt La Justice menace faillite. C'est alors qu'intervient le banquier Cornélius Herz, qui propose à Clemenceau de financer La Justice. Signe de cette amitié réelle, Clemenceau va jusqu'à écrire : en cas de décès, je veux que mes enfants soient élevés par M.Cornélius Herz. Le 8 novembre 1881, Clemenceau parvient enfin à ses fins ; opposé à la politique coloniale de Jules Ferry, il attaque celui-ci à la Chambre avec une violence inouïe. Une majorité de députés subjugués le suit, et Ferry démissionne.

"Le tombeur des Ministères". Un surnom qu'il s'empresse de justifier : deux mois plus tard, il n'hésite pas à voter avec la droite qui renverse son ami Gambetta. Un geste qu'il regrettera toute sa vie, car le père fondateur de la IIIe République se blesse mortellement peu après, en s'entraînant au pistolet. Clemenceau est en famille quand il apprend la nouvelle. Un témoin dit : " qu'il pleure alors comme un enfant " - une des très rares preuves de faiblesse chez cet homme qui s'est fait une règle de cacher ses émotions... Jules Ferry revient au pouvoir et Clemenceau continue à le combattre de toutes ses forces. La question coloniale lui permet une nouvelle fois de l'abattre. Profitant d'un revers momentané au Tonkin, il met en minorité le ministère, dans un discours retentissant, le 30 mars 1885...

 

L' Affaire Caillaux

 Le 16 mars 1914, Madame Caillaux, épouse du ministre des finances, demande à être reçue par Gaston Calmette, directeur du Figaro. A peine entrée dans le bureau, elle sort un browning de son manchon et tire : Gaston Calmette s'éffondre. Madame Caillaux espérait ainsi mettre fin à la violente campagne contre son mari orchestrée par le Figaro. Le journal avait en effet publié des lettres intimes du ministre montrant qu'elle avait été sa maîtresse avant d'être sa femme...Caillaux démissionne. Le procès de son épouse s'ouvre le 20 Juillet devant les assises de la Seine. La malheureuse occupe la première page des journaux. Mais son acquittement, prononcé le 28 juillet, passe presque inaperçu : les nouvelles de l'étranger sont trop alarmantes. A la veille de la Grande Guerre, l'opinion se détourne des scandales qui n'ont cessé de secouer la Troisième République.

 

Il affiche ses maîtresses et multiplie les dettes

IL a 44 ans, " le regard noir, le poing osseux, le front bossué et des pommettes de Kalmouk, selon la description d'un contemporain. Bien qu'il défende des idées sociales avancées, il mène une vie de grand bourgeois. D'une élégance de dandy, avec son chapeau haut de forme, son oeillet à la boutonnière et sa canne, il pratique en maître l'équitation le tir et l'escrime. Il habite un somptueux appartement, rue Montaigne, vivant aux dessus de ses moyens et accumulant les dettes. Avec les femmes il affiche le même éclat. 

Toutes ses liaisons ont lieu au grand jour : Léonie Leblanc, l'ex-amie d'un assassin guillotiné, et que tout Paris se dispute pour cette raison, Suzanne Reichenberg, " L'Astre de la Comédie Française "... Tant et si bien que la malheureuse Mary, à force d'être trompée et publiquement humiliée, finit par céder à la cour assidue d'un jeune homme. Son mari fait constater l'adultère et obtient le divorce à son profit, assorti de 15 jours de prison pour la coupable ! Bien plus : le divorce lui retirant la nationalité française, il l'a fait expulser.

Et Mary Plummer est conduite à Boulogne-sur-Mer par deux inspecteurs pour être embarquée vers les Etats-Unis. Resté seul, Clemenceau brise son buste qui trônait sur la cheminée, et détruit toutes ses photos, y compris celles que possédaient leurs enfants. Le voici libre : il devient mondain. Les salons les plus huppés se l'arrachent. On se répète ses saillies cruelles, ses traits acérés contre les uns ou les autres : la parole de M. Clemenceau est aiguisée comme un fleuret. Il fréquente toutes les célébrités de l'époque : Renan, Zola? Edmond de Goncourt. Mais à la compagnie des hommes politiques et des écrivains, il préfère celle, plus calme, des sculpteurs et des peintres : Rodin, Monet, Manet. Avec eux, et avec eux seuls, il peut parler librement, se détendre.

Le scandale de Panama brise sa carrière

IL combat également sur sa gauche. Car il n'est plus, désormais, un extrémiste. Les socialistes se dressent contre lui et, parmi eux, un jeune député dont, pour la première fois, l'éloquence est à la hauteur de la sienne : Jean Jaurès. Nul n'est plus en vue que Clemenceau dans la classe politique ; nul n'est craint davantage, nul, non plus, n'est autant détesté.

Le scandale du canal de Panama éclate à la fin de 1892. Les banquiers chargés de financer les travaux de percement ont acheté une centaine de députés afin de faire voter, en 1888, l'autorisation de lancer un emprunt dans le public. La société a fait faillite, en 1889, entraînant la ruine de petits épargnants. Aux élections suivantes, en 1893, il est battu dans le Var. Sans jamais avoir été ministre, pendant quinze ans Clemenceau a dominé la vie politique. Acinquante-deux ans, directeur d'un journal au bord de la faillite, il est sans emploi, rejeté par ceux qui la veille, l'adulaient. Il s'enferme dans la solitude, et commence à écrire un roman social : Les plus forts, qui paraîtra en feuilleton en 1897, sans succès. Il doit bientôt déposer le bilan de la Justice, et entre comme simple journaliste à l'Aurore. Fin 1897, coup de théâtre : un de ses amis lui apprend qu'Alfred Dreyfus, un officier israélite condamné trois ans plus tôt pour haute trahison est innocent. Après avoir mené sa propre enquête, Clemenceau essaie en vain de réveiller une classe politique amorphe, lorsqu'il trouve un renfort innatendu en la personne d'Emile Zola qui apporte à l'Aurore une " lettre ouverte au président de la République ", résumant les faits.

C'est Clemenceau qui lui donne un titre plus accrocheur  " J'Accuse ! ", et la publie le lendemain, 13 janvier 1898. C'est une bombe, le début véritable de l'affaire Dreyfus,  qui va dresser les français les uns contre les autres. L'Aurore et Zola sont poursuivis pour diffamation et condamnés, mais la vérité est en marche et aboutira après d'interminables péripéties, à la réhabilitation totale de Dreyfus, en 1906. Pendant ces longues années, Clemenceau bataille sans se ménager. Mais rien ne lui convient mieux que la lutte et le voici en selle pour une seconde carrière. Début 1906, le nouveau président de la République, Armand Fallières, charge un obscur radical, Sarrien, de former le gouvernement en lui recommandant de prendre des personnalités de premier plan : Poincaré, Barthou, Briand et ...Clemenceau, qui devient ministre de l'Intérieur à  65 ans. Il est le spécialiste de " l'enguelade ". Un jour il est tellement brutale avec un préfet que l'homme s'évanouit en sortant de son bureau. Un huissier appelle un médecin... et Clemenceau sort aussitôt pour donner les premiers soins ! Dans son action, Il fait preuve de la même rudesse.

Pour mater la grève, il envoie la troupe...

Quand il arrive au pouvoir, la situation est dramatique : la catastrophe minière de Courrières vient de faire mille morts et c'est la grève générale dans le Nord : pour la mater, il n'hésite pas à envoyer la troupe. Les élections législatives de 1906 donnent la victoire au parti radical : cette fois, Fallières charge Clemenceau de former le gouvernement, le 15 Octobre. Le voici donc président du Conseil, tout en gardant l'Intérieur. C'est l'époque de ses fameux duels oratoires avec Jaurès. Ce dernier l'attaque sans relâche. A son éloquence passionnée, Clemenceau oppose une ironie mordante : " On reconnaît une phrase de Jaurès à ce que tous les verbes sont au futur ". Haï des socialistes, Clemenceau, ancien Dreyfusard, ne l'est pas moins de la droite, et cette double opposition a un effet innatendu : s'appuyant tantôt sur les uns, tantôt sur les autres, il trouve toujours une majorité ; lui, qui compte sans doute le plus d'ennemis dans la classe politique, a un des ministères les plus long de la III République. Clemenceau dans l'homme libre critique la conduite de la guerre avec tant de vigueur que la censure le suspend pendant une semaine. Il reparaît sous le titre l'Homme enchaîné. Si le ton est prudent, il tranche avec celui des autres publications. Refusant l'optimiste officiel, il réclame des mesures concrètes. Les chambres rentrent le 22 décembre 1915 la direction de la commission sénatoriale de l'Armée et, par un contrôle constant des ministres, exerce un véritable contre-pouvoir.

Fin 1915, il reçoit l'autorisation d'aller sur le front, " où bon lui semble, sans que les gens en soient avertis ". Il s'y rend, malgré les dangers et les conditions climatiques. Les soldats voient arriver dans la boue ce viellard s'appuyant sur se canne, avec son faciès de Mongol, sa moustache blanche tombante, son chapeau mou déformé. Il devient l'idole des soldats qui l'appellent " Le Tigre" ou, plus familièrement "Le vieux". Le 8 mars 1918, le socialiste Renaudel l'interpelle sur sa politique générale. C'est l'occasion pour lui, de prononcer son fameux discours : "Politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique extérieure ? Je fais la guerre ![...] Je continue de faire la guerre et je continuerai jusqu'au dernier quart d'heure, car c'est nous qui auront le dernier quart d'heure !" C'est lui qui, parvenant à vaincre les répugnances anglaises, fait nommer, le 14 avril, Foch généralissime des armées alliés. 

C'est son éloquence qui sauve Foch et le gouvernement tout entier lors de la dernière perçée allemande. C'est lui qui est à l'origine de l'attaque victorieuse déclenchée en août 1918. Le 8, la délégation allemande arrive à Rethondes. A15 heures, on, informe Clemenceau qu'elle accepte les conditions alliées. Il se met alors à pleurer silencieusement. Pour la première fois depuis la mort de Gambetta. Le 11 nvembre 1918, à 5 heure45,

 l'armistice est signée. a 16 heures Clemenceau monte à la tribune de la Chambre pour en donner lecture, et c'est un délire quand il annonce le retour de l'Alsace-Lorraine. Le " Père la victoire " est couvert d'honneurs...

Il s'éteint dans son appartement de la rue Franklin, le 24 novembre 1929. Selon ses volontés aucun nom n'est inscrit sur sa tombe.

Les principales dates de sa vie

 

1841  Naît le 28 septembre à Mouilleron-en-pareds.

1851  Entre à la pension Montfort à Nantes.

1852  Entre au lycée de Nantes.

1858  Son père est condamné à la déportation, puis grâcié. 

1859  Etudes de médecine à Nantes.

1861  Poursuit ses études de médecine à Paris. Crée le journal le travail.

1862  Est emprisonné deux mois et demi.

1865  Thèse de doctorat en médecine. Se rend aux Etats-Unis.

1867  Epouse Mary Plummer, le couple rentre en France.

1870  Nommé maire du XVIIIe arrondissement. Naissance de sa fille Madeleine.

1871  Elu député, démissionne peu après. Ouvre un cabinet médical à Paris

1875  Elu président du Conseil Municipal à Paris.

1876  Elu député.

1879  Fait tomber le ministre de l'intérieur.

1880  Crée le quotidien la Justice.

1881  Son journal est renfloué par le banquier Cornélius Herz.

1887  Provoque la démission de Jules Grévy.

1889  Mariage de sa fille Madeleine.

1892  Divorce de Mary Plummer.

1893  Perd son siège de député.

1895  Publie la mêlée sociale.

1897  Entre à L'Aurore. Mort de son père.

1898  Publie Les plus forts.

1901  Lance le quotidien Le Bloc. Elu sénateur du Var. Fait jouer sa pièce Le voile du bonheur.

1906  Ministre de l'intérieur et président du Conseil.

1909  Se retire en Normandie.

1910  Conférence en Amérique du Sud.

1913  Crée le quotidien L'homme libre.

1915  Entre à la commission sénatoriale de l'Armée. Inspecte les troupes.

1916  Parcourt le front.

1917 Président du Conseil.

1918  Réprime de nouvelles grèves. Gagne son surnom de " Père la Victoire".

1919  Loue une maison en Vendée.

1920  Démissionne. Voyage en Egypte, aux Indes, à Java, et en Bimanie.

1921  Se retire en Vendée.

1926 Mort de son frère préféré Albert.

1929  Meurt le 24 novembre.

                            

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Date de dernière mise à jour : 21/07/2020