Julie-Victoire Daubié

La première bachelière française


D'origine modeste, elle a dû soulever des montagnes pour pouvoir devenir, en 1861, la première bachelière de l'Histoire. Les femmes doivent beaucoup à cet esprit rebelle et déterminé.

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   Votre demande est outrecuidante et ridicule. " C'est en subtance, la réponse que reçoit un jour Julie- Victoire Daubié de l'université de Paris. La jeune femme n'a pourtant pas demandé la lune. Elle souhaite juste s'inscrire aux épreuves du baccalauréat. Dans cette France des années 1860, pas facile pour une femme d'accéder à ce que beaucoup considèrent encore comme un privilège. La Sorbonne croit même bon d'ajouter que " les femmes n'ont pas besoin de çà ". La jeune femme est piquée au vif.

 

Elle aurait dû devenir brodeuse.

L'univers dans lequel elle naît, le 26 mars 1824, n'est pas propice aux études. A Bains-les-Bains, dans les Vosges, son père qui travaille dans la manufacture royale de fer-blanc, meurt alors qu'elle est agée de quelques mois. Sa mère élève seule ses huits enfants, dont quatre fillesau destin tout tracé ; elles feront de la broderie. Julie-Victoire sort du lot. Brillante, elle montre très vite un intérêt pour le latin et le grec que lui apprend son frère Joseph, séminariste. A 20 ans, elle décroche un certificat de capacité, un brevet d'enseignante, l'occasion pour elle s'indigner contre le manque de qualification de certaines religieuses pour enseigner. En 1859, elle apprend que l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon organise  un concours sur le thème de l'égalité hommes-femmes. Sensibilisée à la misère des ouvriers et à la condition des femmes, elle écrit un essai intitulé La Femme pauvre au XIX siècle. Le jury qui découvre que le candidat est une candidate, est séduit par son analyse et sa plume. Julie-Victoire remporte le premier prix et les félicitations du doyen de la faculté.

Passe ton bac d'abord !

A 35 ans, elle rêve de devenir journaliste ou professeur, mais doit d'abord obtenir son baccalauréat. Si légalement, aucun texte n'interdit aux femmes de passer l'examen, le fait qu'aucune n'ait osé s'inscrire laisse à penser qu'il leur est interdit. Après le refus de Paris, Julie-Victoire tente sa chance auprès de l'université d'Aix-en Provence. Encore une fois la réponse est non ! Aidée par son ami François Arlès-Dufour, un industriel lyonnais rencontré au moment de la remise de son prix, la jeune femme finit par obtenir l'autorisation de passer son bac à Lyon. Craignant un afflux de curieux, les organisateurs lui prposent une date pour plancher en toute discrétion ! Mais Julie-Victoire ne se laisse pas impressionner et se présente le jour J aux côtés de vingt et un candidats masculins. Au terme de deux jours d'épreuves écrites et orales, les boules tombent. Car à l'époque pas de notes ! Une boule blanche signifie un avis favorable, une noire un avis défavorable. Avec trois boules blanches et une boule noire, Julie-Victoire Daubié devient, le 17 Août 1861, à 37 ans, la première femme française à décrocher le précieux diplôme.

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Elle a ouvert la voie

Gustave Rouland, le ministre de l'instruction publique qui lui avait mis des bâtons dans les roues, doit reconnaître son erreur. L'histoire raconte qu'il refusa d'abord de signer le diplôme et qu'il fallut l'intervention de l'impératrice Eugénie en personne pour faire apposer le précieux cachet. Mais il en fait plus pour intimider notre ambitieuse. Dix ans plus tard, Julie-Victoire obtient son titre de licencié ès lettres, sans "e", car, comme le baccalauréat, le diplôme ne se conjugue pas encore au féminin. Qu'importe, elle continue de creuser le sillon d'une brillante carrière. Après avoir été recrutée pour une mission sur l'école primaire, Julie-Victoire anime des conférences et devient la première dame à collaborer pour de grands journaux comme L économiste français. Toujours en quête de savoir, elle entame une thèse sur la condition de la femme dans la sociéré romaine. Un travail qui restera inachevé en raison de sa mort, le 25 Août 1874, des suites de la tuberculose. Son courage et son obstination ont ouvert la voie. En 1919, un bac féminin est créé avant de devenir, en 1924, identique 

Sa vie en 5 dates

 

1824 : naissance le 26 mars 1824.

1859 : L'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon lui décerne

le 1er prix pour son essai la femme pauvre au XIX siècle.

1861 : première femme a obtenir le baccalauréat en France.

1871 : Licence ès lettres à la Sorbonne.

1874 : mort le 25 Août, à seulement 50 ans

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Date de dernière mise à jour : 17/05/2020